Je lisais dernièrement un article d’Usbek & Rica sur les apocalypses à venir, ce qui m’a soudain remémoré la tétralogie apocalyptique de James Graham Ballard.

Ces 4 œuvres de science-fiction écrites dans les années 60 dépeignent 4 « fins du monde » à travers différentes catastrophes naturelles : la montée des eaux et d’un climat préhistorique dans Le Monde Englouti, la tempête ultime dans Le Vent de Nulle Part, la cristallisation du monde suite à une fuite temporelle dans La Forêt de Cristal.

Quant à Sécheresse, je crois que vous aurez compris.

Les 4 livres de science-fiction apocalyptique de James Graham Ballard

On découvre au fil de cette tétralogie une vision éprouvante, parfois étouffante, de la déliquescence de notre civilisation, certains scénarios faisant déjà écho aux préoccupations environnementales actuelles…

Il ne faut cependant pas s’attendre à lire des histoires spectaculaires, voire épiques – si on met de côté Le Vent de Nulle Part – car, comme l’analyse justement un contributeur de Cafard Cosmique, « dans ces histoires de fin de monde, les personnages baignent dans une stase temporelle, indifférents à l’impératif de survie. Ils ne s’opposent pas à leur nouvel environnement, ils s’y installent. »

Replongeons-nous vite dans l’imaginaire catastrophique de James Graham Ballard.

  1. Le Vent de Nulle Part
  2. Le Monde Englouti
  3. Sécheresse
  4. La Forêt de Cristal

Le Vent de Nulle Part – J.G. Ballard – 1962

Le Vent de Nulle Part de JG BallardComme dans chaque roman catastrophe de Ballard, le cataclysme frappe sans explication une Humanité totalement dépourvue de solution(s). Le vent se lève un jour sur Londres, annoncé par les météorologistes comme n’importe quel épisode climatique. Sauf qu’il ne s’arrête pas de souffler, et pire encore, de plus en plus fort.

Face à cette force de la nature incontrôlable et inexplicable, un milliardaire génial – ou totalement dérangé – décide de construire une pyramide dont la structure pourra résister à la tempête la plus puissante qui soit.

« Paradoxalement, c’est en dernier que les lecteurs français auront eu le premier roman de Ballard » remarque un critique de Noosfere. C’est aussi le roman apocalyptique dont Ballard est le moins fier, selon ses propres dires.

Il est vrai que ce roman, à la différence des suivants, s’apparente surtout à un scénario de film d’action, notamment pour sa fin typique d’un blockbuster. Bref, une histoire impressionnante et naïve dans la narration.

Le Monde Englouti – J.G. Ballard – 1962

Le Monde englouti de JG BallardQuelque part, au nord d’une Europe menacée par la montée des eaux, un homme tente de convaincre sa diva de compagne de quitter la métropole londonienne transformée en marécages, étouffée par une température qui monte jour après jour.

Cette « fin du monde », au sens civilisationnel et non pas géologique, est provoquée par des explosions solaires à l’origine d’une « tropicalisation » du climat. Des groupes de savants, de civils et de militaires côtoient des groupes de pirates et des iguanes géants, dans une atmosphère de torpeur et de régression primitive.

Subjectivement, Le Monde Englouti est le roman que j’ai le moins apprécié, certainement à cause de sa « lenteur » et du style quasi naturaliste de Ballard dans toute la première partie du livre : une écriture très descriptive, qui entraîne volontairement le lecteur dans l’apathie des personnages et la déliquescence poisseuse du monde.

La seconde partie du roman apporte enfin une action intéressante, brutale, sans pitié, qui rappelle vaguement Voyage au bout de l’Enfer

Sécheresse – J.G. Ballard – 1964

Sécheresse de JG BallardBarbara Cordier, alias UnityEiden, voit dans Sécheresse une « aventure humaine qui ne pose pas la question de la survie à tout prix, à la différence d’autres romans du genre. Les hommes ne s’opposent pas, ils s’adaptent, comme s’il ne s’agissait que d’une situation provisoire avant le retour de la pluie. Seul le lendemain compte, et la question de la disparition totale de l’eau à long terme ne se pose pas, sinon à travers une tension permanente qui rompt les liens sociaux. »

L’origine du cataclysme est expliquée dès le départ : c’est la pollution qui provoque la sécheresse mondiale, car l’océan désormais recouvert d’un « film » empêche l’eau de s’évaporer, et donc de prolonger le cycle naturel de la pluie. Voilà pour le résumé personnel, sur la base de mes souvenirs du roman.

Sécheresse est un cheminement teinté d’impuissance à travers un monde transformé, qui sombre dans la folie : le personnage principal, le docteur Ransom, se voit obligé de quitter sa maison quand la barbarie revient ; il fait donc route, par nécessité, vers les côtes surpeuplées et agonisantes, où une société tribale fait désormais sa loi aux côtés d’une nuée de parias.

Voilà, de loin, mon roman favori dans cette série des 4 apocalypses…

La Forêt de Cristal – J.G. Ballard – 1966

La Forêt de Cristal de JG BallardAttention, je parle de ce livre sans l’avoir lu – c’est dans ma bucket-list SF. Dernier de la tétralogie de Ballard, La Forêt de Cristal nous projette dans un futur transformé par une perturbation temporelle : le monde se cristallise, tout comme les hommes (comme on le découvre progressivement).

Pour Robert Freeman, du Guardian, « bien qu’il contienne des tropes similaires aux précédents romans – catastrophe environnementale, thanatos freudien, espace intérieur – La Forêt de Cristal est une œuvre beaucoup plus belle et plus violente. »

Ce dernier roman apocalyptique (si on met de côté Millenium People) de J.G. Ballard est donc la fresque d’un paysage pétrifié, au cœur duquel, encore une fois, divaguent l’homme et ses sentiments… L’écriture lente du Monde Englouti ressurgit, « occasionnant quelques persistances rétiniennes bien après la lecture », selon les mots de Seraphita, contributrice de Babelio.

Bonne apocalypse !

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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