L’Homme conservera-t-il sa position en tant qu’intelligence supérieure sur Terre ? C’est la question soulevée actuellement face à la course à l’innovation technologique qui se produit outre-atlantique, à commencer chez Google. Et comme vous devez vous en douter, l’Intelligence Artificielle, quand elle n’est pas le gentil compagnon de voyageurs intergalactiques ou d’Iron Man, est très souvent vue comme une menace dans la littérature ou le cinéma de Science-Fiction.

« Grâce à la science-fiction, nous savons que la première chose que l’I.A. fera sera de prendre le contrôle et de nous atomiser, tous autant que nous sommes. »
Damien Walter – The Guardian

Chez les anglophones, on parle d’« A.I. Takeover ». Et dans le monde scientifique actuel, Stephen Hawking semble partager ce point de vue, tout comme le Dr Laurent Alexandre dans une certaine mesure.

Alors quels sont les scénarios de cette prise de pouvoir de l’intelligence artificielle ? Focus sur 6 œuvres de SF qui m’ont marqué… dont l’incontournable saga Terminator. Les 6 œuvres que j’ai choisies ici permettent de se faire une idée assez diverse des IA, que ce soit sur leur niveau d’hostilité à l’Homme ou sur leur fonctionnement même… Et parfois avec des causes de « conflit » originales.

Skynet, le Réseau qui vise l’annihilation de l’Humanité dans Terminator

Skynet, ça vous parle ? Evidemment. Quel lecteur de ce blog ne se souvient pas de Sarah Connor et de sa discussion avec le Terminator à propos du « Judgement Day » ? Replay pour ceux qui ne connaîtraient pas les origines de Skynet, le réseau qui se rebelle contre les humains et provoque l’émergence d’une civilisation de machines tueuses :

 
La particularité de Terminator est le peu d’information que nous avons sur l’IA, que l’on n’approche quasiment jamais dans les films. Ses motivations restent floues, mais on peut imaginer que dans une optique d’auto-préservation, Skynet vise purement et simplement l’anéantissement de l’Humanité – donc de sa Résistance, incarnée par John Connor. Cette super-intelligence hostile exploite les robots / androides, qui ne sont que les « membres » de l’IA, et pourtant personnages centraux dans les films.

HAL 9000, le programme assassin dans 2001, L’Odyssée de l’Espace

« Je suis désolé Dave, je ne crois pas pouvoir faire ça. » Par ses répliques laconiques et glaçantes, il a directement inspiré le nom de ce magazine : je vous présente HAL 9000, ordinateur central du vaisseau Discovery One dans le cultissime 2001, L’Odyssée de l’Espace (Stanley Kubrick à la réalisation Arthur C. Clarke pour le bouquin).

 
Au cours de l’expédition qui mène l’équipage vers Jupiter (à la source hypothétique du monolithe extra-terrestre, trouvé sur la Lune quelques années auparavant), HAL 9000 montre des failles, ce qui est a priori impossible. Les astronautes décident de le déconnecter par sécurité, ce qui provoque une réaction meurtrière de l’I.A.. Le livre, qui aura d’ailleurs 2 suites (beaucoup moins célèbres mais tout aussi passionnantes), nous offre des confrontations intenses entre HAL et David Bowman, seul survivant.

Le robot soumis à des crises de conscience chez Isaac Asimov

Faut-il, pour protéger l’Humanité, accepter d’en sacrifier une partie ? C’est tout le dilemme imaginé par Isaac Asimov dans certaines de ses nouvelles (Les Robots), lesquelles ont inspiré plus récemment le film I, Robot. Dans le monologue de VIKI, l’intelligence artificielle qui dirige les droïdes, on distingue un syndrome démiurgique – quoique l’intention ne soit pas mauvaise du point de vue de l’I.A. : « Pour protéger l’Humanité, certains humains doivent être sacrifiés. Pour assurer votre avenir, certaines libertés doivent être abandonnées. »

 
Asimov, bien que perverti dans cette version des « Robots » librement adaptée de ses œuvres, a souvent joué avec les déviances spirituelles des super-intelligences. Quand ses robots ne devenaient pas fous, ou se mettaient à rénier leurs propres créateurs, ils cédaient à une violence induite par des paradoxes liés aux 3 lois de la Robotique. Ou se laissaient envahir par un syndrome démiurgique, comme dans Le petit robot perdu : « Nestor 10 souffrait d’un complexe de supériorité qui ne cessait de croître et de s’amplifier. Il aimait se persuader que lui-même et les autres robots possédaient plus de connaissances que les êtres humains. » (Susan Calvin).

La Matrice dans… Matrix

J’ai failli oublier La Matrice dans la célèbre trilogie des frères / soeurs Wachowski. Tellement évident… En plus de proposer une version science-fictionnelle de l’allégorie de la caverne de Platon, Matrix nous offre une vision de génie, incroyablement aboutie, sur ce que pourrait être un monde gouverné par les machines. Le rapport des humains à ce système tout-puissant est d’ailleurs révélé par Morpheus à Néo dans cette scène culte :

 
Dans cette perspective apocalyptique, les êtres humains ont perdu la guerre contre les machines – après avoir provoqué une sorte d’hiver nucléaire sur Terre – et sont désormais exploités comme source d’énergie, maintenus dans un état végétatif et connectés à un monde virtuel (La Matrice).

A.M., l’ordinateur sadique dans Je n’ai pas de bouche et il faut que je crie

Je n’ai découvert cette « short-story » que récemment, dans mes recherches de nouvelles oeuvres contre-utopiques. Celle-ci est extraordinairement sombre, puisqu’elle dépeint un futur sans espoir, au cours duquel un super-ordinateur est la cause d’un génocide de masse. Il ne reste sur Terre que 5 humains, persuadés qu’ils peuvent encore survivre… Pourtant, A.M., comble de l’horreur, se joue des humains en y prenant un plaisir sadique, motivé uniquement par un désir de vengeance envers ses créateurs.

« Un demi-siècle après sa parution originale, elle conserve toute sa force, surtout au regard des débats actuels sur le transhumanisme et plus particulièrement les craintes que suscitent l’essor de l’intelligence artificielle. »
Vincent, Dans la Lune

Je n'ai pas de bouche et il faut que je crieLa nouvelle est peut-être l’une des plus puissantes que vous aurez à lire sur ce thème de l' »A.I. Takeover », et certainement la plus clairvoyante.

Les préoccupations des plus grands futurologues de notre époque rejoignent la cause évoquée dans cette histoire : des nations ayant développé des super-ordinateurs belliqueux, jusqu’à ce que l’un d’entre eux prenne conscience de lui-même et se retourne brutalement contre l’Humain.

Je ne vous spoilerai pas, rassurez-vous. Sachez que la nouvelle est disponible en version originale (I Have No Mouth and I Must Scream) sur Ebay, et que vous pouvez la trouver dans La Grande Anthologie de la Science-Fiction.

Samantha, l’O.S. qui s’émancipe dans Her

Le Système d’Exploitation (O.S.) du film Her est tout sauf hostile. Néanmoins, je l’ai intégré dans cet article parce qu’il explore une piste intéressante au sujet des rapports entre I.A. et Humain. Dans ce film à classer dans les meilleures oeuvres cinématographiques d’anticipation, on observe la relation de plus en plus perturbante entre un homme et une intelligence artificielle (Samantha). Celle-ci finira par prendre conscience d’elle-même, et au contact des « autres » intelligences artificielles déployées à travers le monde, prendre son émancipation.

 
Une vision métaphysique et poétique qui nous montre un scénario bien éloigné des catastrophes souvent imaginées dans la SF. Une oeuvre à me recommander pour prolonger cette sélection ? Dites-le moi en commentaire.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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