« Archéo » – comme « archéologie » – et « SF » comme « Science-Fiction ». ArchéoSF, c’est le nom d’une collection soutenue par Publie.net, dont la mission est de redonner vie à des oeuvres de fiction spéculative d’autrefois – originellement publiées entre le 18ème et le début du 20ème siècle. Un contre-courant éditorial qui a suscité a curiosité. J’ai donc contacté Philippe, que vous pouvez suivre sur Twitter, pour lui poser quelques questions. Voilà notre échange.

« Le proto-steampunk se projette dans un avenir… qui n’a pas eu lieu. »

HAH : « ArchéoSF », ça paraît un peu étrange non ?

L’étymologie du mot « archéologie » nous rappelle qu’il s’agit de la « science des origines ». Le projet d’ArchéoSF est de mettre à disposition des textes qui sont aux sources de notre science-fiction moderne. La science fiction explore les futurs possibles, ArchéoSF parcourt les futurs du passé.

UchronieLa collection ArchéoSF, créée en 2011, réédite des textes de SF ancienne (du XVIIIe siècle au début du XXe siècle). Née en numérique, elle propose depuis 2013 des livres au format papier. Elle est éditée par Publie.net qui soutient l’initiative depuis l’origine, et bénéficie de couvertures réalisées par Roxane Lecomte (qui s’occupe aussi de la partie technique notamment dans le domaine numérique).

Le catalogue est composé de près de 50 titres en numérique et une dizaine au format papier. Il accueille des classiques, des redécouvertes, des textes oubliés et des anthologies.

La collection ArchéoSF s’est donnée pour mission d’exhumer des textes de ce qui ne s’appelait pas encore la science-fiction, de les faire connaître et de les rendre disponibles. Tous les livres sont proposés avec une présentation du contexte, des sources et des auteurs.

HAH : On connaît tous le « steampunk« . Vous parlez plutôt de « proto-steampunk », mais aussi d’uchronie…

L’idée du « proto-steampunk » n’est pas une invention d’ArchéoSF. Quand le steampunk est apparu, rapidement il s’est cherché des origines : Jules Verne, H.G. Wells et quelques autres restent des figures incontournables. Parmi les textes de science-fiction ancienne, un certain nombre a pour thème des androïdes (souvent des automates), des dirigeables, des machines à vapeur, des savants fous,… Ce sont les sources lointaines de l’imaginaire steampunk.

La grande différence est que les auteurs contemporains de steampunk imaginent un passé qui n’a pas eu lieu (si le futur était advenu plus tôt) alors que le proto-steampunk se projette dans un avenir… qui n’a pas eu lieu non plus. Avec Le Passé à vapeur, anthologie parue en 2015, on accède à ces sources lointaines, comme une remontée vers les origines.

Uchronie Napoléon

Pour ce qui est de l’uchronie (c’est à dire la réécriture de l’histoire à partir d’un point de divergence comme « Et si Napoléon Ier s’était enfui en Amérique ? »), le genre est désormais à la mode. Chaque année est remis à Sèvres lors des rencontres de l’imaginaire le Prix ActuSF de l’uchronie et les candidats ne manquent pas que ce soit pour les romans, les nouvelles ou les œuvres graphiques.

Genre neuf ? Dès l’antiquité l’idée que le passé aurait pu être différent est défendue par des auteurs (souvent des historiens ou des philosophes) et l’on voit émerger au XIXe des œuvres uchroniques de pure fiction. ArchéoSF explore ce domaine là aussi pour rappeler les origines du genre en publiant Les Autres vies de Napoléon Bonaparte (2016) recueillant plusieurs romans et nouvelles (720 pages tout de même !) et cette année Une Autre histoire du monde. 2500 ans d’uchronies qui rassemble plus d’une dizaine de textes écrits de l’antiquité jusqu’au milieu du 20ème siècle (dont quatre jamais exhumés jusqu’à maintenant et absents de tous les ouvrages de référence).

HAH : A quels « lecteurs de SF » vous adressez-vous ?

Pour ce qui concerne les lecteurs de science fiction, ArchéoSF s’adresse aux curieux. La curiosité est loin d’être un défaut en ce domaine ! En proposant des textes anciens certes mais surtout des textes qui font écho à notre modernité. Lire un ouvrage de la collection ArchéoSF, c’est voyager dans l’espace et dans le temps.

Plus largement ArchéoSF propose des textes patrimoniaux (JH Rosny aîné, Jules Verne, André Laurie…), des textes oubliés (Pierre Véron, Charles Carpentier…) et des anthologies thématiques (Futurs de province, Paris Futurs, Les Ruines de Paris…) ou centrées sur un auteur (Pierre Véron, Albert Robida…).

HAH : Comment choisissez-vous les textes et œuvres que vous publiez ?

ArchéoSF souhaite faire redécouvrir ce patrimoine oublié (souvent ces textes étaient d’abord publiés dans la presse, presse qui était diffusée à des centaines de milliers d’exemplaires) et en assurer la transmission en rendant accessibles des textes qu’il n’est pas toujours aisé de localiser ou de se procurer. Nous rassemblons des textes sur un thème puis sélectionnons ceux qui nous semblent les plus représentatifs. Par exemple, pour l’anthologie Futurs de province, le but était de proposer un véritable tour de France de l’anticipation ancienne vue des régions.

Certains romans sont tombés dans l’oubli, n’ont pas, voire jamais, été réédités et méritent d’être tirés de l’oubli. Le hasard parfois nous amène à découvrir des textes comme Une chasse préhistorique à l’époque magdalénienne d’un mystérieux A. Portier. Enfin, même parmi les auteurs ayant accédé à la célébrité, les textes ne sont pas toujours disponibles. Ainsi ArchéoSF a réédité les Zigzags à travers la science de Michel Verne indisponibles depuis près de vingt-cinq ans.

A force de chercher chez les bouquinistes, dans les collections diverses et variées ou dans la presse ancienne, on tombe sur de petites pépites inconnues, c’est le cas du feuilleton Les Mystères de Coat er Urlo qui nous raconte l’histoire de l’homme invisible en Bretagne.

Le catalogue d’ArchéoSF s’enrichit de deux ou trois nouveautés par an auxquelles peuvent s’ajouter des tirages limités à l’occasion d’événements particuliers.

HAH : Si les aliens débarquaient et que vous aviez 3 livres de SF / Fiction spéculative à leur recommander ?

La mort de la terre de Rosny AinéDans la collection ArchéoSF, je leur recommanderai La Mort de la terre de JH Rosny aîné pour qu’ils sachent que toute espèce est mortelle mais que la vie triomphe toujours, L’Amour en mille ans d’ici de Gustave Marx car le rêve utopique peut conduire aux réalités de demain et Les Trois yeux de Maurice Leblanc parce que le décalage du regard peut nous apporter beaucoup.

Hors ArchéoSF, je leur recommanderai Star ou Ψ de Cassiopée : Histoire merveilleuse de l’un des mondes de l’espace, nature singulière, coutumes, voyages, littérature starienne, poëmes et comédies traduits du starien de Charlemagne-Ischir Defontenay, le premier space opera (1854) ; Les Hommes frénétiques (1925) d’Ernest Pérochon…

Et pour finir La Guerre des Mondes d’H.G. Wells pour les avertir qu’on risque de ne pas se laisser faire en cas d’intentions belliqueuses !

Extraits du catalogue d’ArchéoSF

Anthologies thématiques : Une Autre histoire du monde. 2500 ans d’uchronies | Les Autres vies de Napoléon Bonaparte (uchronies & histoires secrètes) | ArchéoSF, l’anthologie anniversaire (5 ans, 5 textes réunis) | Le Passé à vapeur (textes proto-steampunk, préface d’Etienne Barillier) | Les Ruines de Paris (archéologie du futur) | Paris Futurs (comment on imaginait le Paris du futur au XIXe siècle) | En l’an 1950 (4 contes et nouvelles retrouvés dans la presse du XIXe siècle).

Anthologies d’auteurs : Joseph Méry, Nouvelles de l’avenir suivi de Les Ruines de Paris (anticipation & archéologie du futur) | Jules Verne, Haïkisations extraordinaires (ou Le Tour de Verne en 80 haïkus, abondante iconographie) | Pierre Véron, Le Raccommodeur de cervelles & autres nouvelles (anticipations & savants fous) | Michel Verne, Zigzags à travers la science (non réédité depuis plus de 20 ans) suivi de Edom/L’Eternel Adam | Charles Le Goffic, Imaginaire du Trégor.

Romans et nouvelles : André Laurie, Les Exilés de la Terre ( aux origines du Space Opera !) | Albert Robida, Jadis chez aujourd’hui (seule édition rassemblant les deux versions, de 1890 et 1892, avec les variantes) | Charles Carpentier, Une Ville souterraine (une civilisation gallo-romaine a survécu sous la Normandie !) | Albert Robida, Inoculation du parfait bonheur (savant fou inventant la « féliciologie » ou la science du bonheur) | John-Antoine Nau, Force ennemie (en 1903, le premier prix Goncourt était décerné à une œuvre de science-fiction !) | Gustave Marx, L’Amour en mille ans d’ici (étrange anticipation inspirée par la Kabbale) | Samuel-Henri Berthoud, Voyage au ciel (une extraordinaire disparition en ballon) | Joseph Méry, Histoire de ce qui n’est pas arrivé (uchronie bonapartiste) | A. Portier, Une chasse préhistorique à l’époque magdalénienne (fiction préhistorique) | Maurice Leblanc, Le Formidable événement (et si la Manche disparaissait?) | Ralph Schropp, L’Automate (un classique) | J.H. Rosny Aîné, Les Navigateurs de l’infini (en route pour la planète Mars !) | Maurice Leblanc, Les Trois yeux (rencontre du 3ème type) | Jules Verne, Le Chateau des Carpathes | Maurice Renard, Les Mains d’Orlac (la greffe de mains peut être dangereuse) | J.H. Rosny, La Mort de la Terre (apocalypse now !) | Les Mystères de Coat-er-Urlo.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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