Si vous parcourez le blog de temps en temps, vous avez certainement remarqué que les sujets tournent généralement sur la SF et l’Anticipation. Très peu autour de la Fantasy. La réception du Cycle de Saclyd (envoyé par les Editions Complicités) m’a donc un peu forcé à explorer cet univers qui n’a jamais réussi à me captiver – ou très rarement.

Puisqu’on a commencé en mode confession, j’avoue que je suis un n00b en ce qui concerne les jeux de rôles. Ne me jugez pas.

Première surprise : après quelques chapitres, le premier roman du français Philippe Morineau s’avère inclassable. Ce qui explique que l’auteur, que j’ai contacté au cours de ma lecture, ait lui-même défini sa catégorie d’imaginaire après l’avoir couchée sur le papier : « Je parle d’Uchronic Fantasy. Ce premier roman est un mélange de Fantasy, d’Uchronie et de Science-Fiction. J’ai souhaité présenter un univers à la conjonction de ces trois influences. »

Parlons un peu du Cycle de Saclyd, sous-titré Premières Intrusions, et sur-titré Les Chroniques de l’Uchronomicon. Ça fait beaucoup d’infos pour une couverture, vous en conviendrez. Une complexité – pas forcément néfaste – à l’image de la trame romanesque.

L’impossible résumé du Cycle de Saclyd

Je vais éviter de vous spoiler, même si tout ce que j’écrirai ici ne fera qu’appauvrir l’esprit du / des récit(s). Le Cycle de Saclyd peut se définir comme une espèce de palimpseste, avec son intrigue centrale et son mille-feuille de récits uchroniques. Véritable base au sein de laquelle opère Saclyd, un démiurge parmi d’autres, l’Uchronomicon donne accès à une multitude de mondes, de temporalités alternatives et d’aventures individuelles.

Le Cycle de SaclydPhilippe Morineau nous offre donc un voyage fascinant et perturbant à travers l’Uchronomicon, au fil des explorations et manœuvres du tout-puissant Saclyd. Celui-ci est confronté à d’autres êtres partageant ses origines : maîtriser les destins des mondes et des personnages s’avère un exercice dangereux.

Le Cycle de Saclyd exploite au maximum cette transtextualité : on passe d’une histoire alternative à une autre. D’un sénateur romain tentant de sauver l’équipage d’une légion spatiale aux épreuves d’une héroïne dotée de pouvoirs magiques dans une Egypte inféodée aux léonins (race alien), en passant par l’enquête d’un ingénieur sud-africain dans un pays marqué par l’Apartheid et le Transhumanisme. Pour ne citer que ces récits.

C’est justement cette inépuisable diversité d’histoires, teintées de SF et de Mythologie, qui m’a désorienté dans le premier tiers du livre… J’ai eu du mal à trouver des repères. De grosses difficultés à décrypter certains éléments structurant Le Cycle de Saclyd, notamment les « sous-variables » et coordonnées de localisation spatiales et temporelles, récurrentes entre chaque chapitre. Philippe Morineau reconnaît d’ailleurs que « les premiers lecteurs ont fait part de leur plaisir à découvrir ces mondes plus ou moins étranges, tout en étant déconcertés par le début du récit. »

Et puis, peut-être à cause / grâce à son imaginaire débordant et ultra-référencé, à ses personnages de plus en plus « épais », ou à ses intrigues haletantes, l’écrivain m’a définitivement scotché au roman. Ses références, il les tire des « voyages avec ses parents et des mythologies des pays que nous visitions, notamment de la mythologie et de la culture polynésiennes », ou encore des jeux de rôles, des musées et expositions.

Là-dedans, la Science-Fiction apparaît ponctuellement (Intelligence Artificielle, Voyage Interstellaire, Biotech, etc), tandis que l’œuvre entière s’affirme bien comme une sorte de Fantasy Uchronique. Vous trouverez même dans le Cycle de Saclyd une histoire typiquement Steampunk.

Bref, c’est un joyeux bordel narratif qui nous ouvre des mondes et des aventures extraordinaires. Tout le monde n’appréciera pas, mais s’il y a bien une chose qu’il faut admettre, c’est que Philippe Morineau a l’air d’avoir accouché de son roman dans un accès de fièvre créative.

Aux origines du roman, entre la Mythologie, Jack Vance et Jules Verne

Maintenant que c’est dit (j’espère qu’il ne m’en voudra pas), laissons-le parler de ses inspirations : « mon imaginaire a été alimenté également par plusieurs parties de jeu de rôle dans des univers Fantasy et Science-Fiction. Saclyd était un personnage que j’avais créé, une sorte de scientifique fantasque qui a inspiré la genèse du personnage. Le reste provient de mes lectures. »

Lectures qui vont de « Zelazny à Jack Vance, en passant par Jules Verne, dont j’apprécie le style ». Aucun doute là-dessus. Morineau sait prendre son temps pour introduire de façon approfondie les décors et les personnages, en peignant, tel un paysagiste, des fresques saisissantes par leur profusion de détails. Il prend aussi plaisir à développer le contexte historique et à ponctuer les récits d’anecdotes uchroniques. Impossible de s’ennuyer, car au contraire, il faut s’accrocher à l’avalanche « ornementale » qui inonde chaque scène :

« Je sortis de ma cabine afin d’admirer la gargantuesque capitale par l’une des baies vitrées de la nacelle. J’eus le souffle coupé par le spectacle qui s’offrit à mes yeux. Paris Impérial s’étendait de part et d’autre de la Seine en un cercle d’un diamètre d’une trentaine de kilomètres. Au centre de la mégapole, j’apercevais un Arc de Triomphe d’une centaine de mètres de haut. Il se dressait au milieu d’une place gigantesque d’où rayonnaient de larges avenues sur lesquelles s’écoulait le flot ininterrompu de milliers de véhicules. »

Prolifique, Philippe Morineau explique ne pas avoir forcément construit de trame préalable, même s’il avait « une idée précise des grandes lignes de l’univers. » La phase d’écriture a été pour lui une question d’encouragements et de rencontres : « il faut bien avouer que je suis mon pire critique et qu’il a fallu les encouragements de mon épouse et de quelques amis pour poursuivre un premier jet de mon manuscrit. Une première version a fait l’objet d’une relecture notamment par Bertrand Campeis, auteur du Guide de l’Uchronie, qui m’a aidé à mieux organiser les chapitres et à les équilibrer. »

Quand il avoue que le plus dur pour lui « est la relecture et la chasse à la coquille », je confirme. Parce qu’il faut quand même souligner que le livre est étonnamment jonché de problèmes de ponctuation ou de fautes, et qu’il souffre parfois d’une syntaxe approximative. Comme si la relecture n’avait pas été faite sérieusement. Mon métier de concepteur-rédacteur revient sur le devant de la scène 🙂

EDIT du 07.02.18 : après échanges avec Olivier, des Editions Complicités, il s’agissait du premier tirage ; des corrections ont été apportées depuis.

Mais passons. Le plus important est le plaisir de lecture. Lecture à suivre puisque Philippe Morineau a commencé le second tome de la trilogie. Le deuxième manuscrit sera a priori livré à l’éditeur à l’été 2018.

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Titre : Le Cycle de Saclyd – Premières Intrusions
Auteur : Philippe Morineau
Éditeur : Editions Complicités
Date de publication : 16/11/2017
Prix : 16€

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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