Les élections présidentielles 2017 se terminent à peine, après des échanges virulents via tous les médias – et en grande partie les réseaux sociaux. Une fièvre entrecoupée de fatalisme contre le “système”, qui selon les supporters des partis perdants, empêcherait toute possibilité de “changement”. Tocqueville disait d’ailleurs de la Démocratie qu’elle n’était pas le modèle de société idéal, mais le meilleur qu’on ait trouvé jusqu’à présent… Alors, What Else ?

La “Datature”, un système parfait (et donc anti-utopique)

Un modèle de gouvernance nouveau, assez similaire à ce que les penseurs des Lumières appelaient le despotisme éclairé, a déjà été imaginé par des écrivains de Science-Fiction ou d’Anticipation. Un système sociétal que j’appellerai “Datature” (parce que j’aime les mots-valises). Dans les 3 œuvres qui suivent, l’Etat démocratique a été remplacé par un système totalitaire basé sur l’analyse des données et une prise de décision algorithmique. Les mathématiques sont le principal moteur décisionnel, en lieu et place du libre arbitre.

Je m’arrête donc sur : A voté , d’Isaac Asimov ; Un Bonheur insoutenable, d’Ira Levin ; et enfin V pour Vendetta d’Alan Moore. Ces romans, nouvelles et comics ont un point commun : donner une vision dystopique de notre lendemain politique, à différents degrés d’intensité. Une chose est certaine : c’est loin d’être – du point de vue fictionnel – un avenir radieux.

Les dystopies technologiques de Asimov, Ira Levin et Alan Moore

Quand un super-ordinateur fait la Loi – ou presque

Ces anti-utopies dessinent des mondes dans lesquels le pouvoir est en grande partie, quand ce n’est pas en totalité, confié à un super-ordinateur (ironiquement, “celui qui met en ordre”, sur le plan étymologique). Son champ politique est plus ou moins étendu : universel pour UniOrd (Un Bonheur insoutenable), cantonné aux élections pour Multivac (A voté) ou chargé de la surveillance et du respect de la bureaucratie pour Le Destin (V pour Vendetta).

Le modèle d’Isaac Asimov (A voté)

En 1955, Asimov s’est penché sur une vision étonnante du système électoral américain, dans la nouvelle A Voté (50 pages, 4€, Éditions Le Passager Clandestin) : les USA vont procéder au vote pour choisir leur futur président… Mais un seul citoyen décidera pour tous les américains. Ce citoyen, en la personne de Norman Muller, est choisi de façon purement mathématique par un super-ordinateur (Multivac), sur la base d’un questionnaire et d’analyse des tendances. Une sorte d’intelligence artificielle qui traiterait les sondages uniquement à l’aune de la Data. Asimov développe là une spéculation cynique sur la démocratie moderne et sur la révolution numérique.

Le modèle d’Ira Levin (Un Bonheur insoutenable)

A peu près à la même époque, l’ombre de 1984 flotte sur le roman d’Ira Levin. Dans Un Bonheur insoutenable (372 pages, 18€, Edition J’Ai Lu), on se situe après l’An 2000, dans un monde unifié. L’Humanité parle la même langue et a confié son destin à un super-ordinateur, UniOrd. Celui-ci est chargé du bon fonctionnement de la société et de la Paix, désormais universelle. Car dans le futur d’Ira Levin, l’I.A. – qui s’avère finalement un simple ordinateur contrôlé par une caste de programmeurs – n’a qu’une mission : assurer le bonheur de tous. Même si ça passe par l’annihilation du libre arbitre. Comme dans Equilibrium, l’esprit critique est étouffé par un médicament.

Le modèle d’Alan Moore (V pour Vendetta)

Impossible d’éviter la célèbre bande-dessinée, adaptée il y a quelques années au cinéma. V pour Vendetta (série de comics, Editions Urban Comics) ne donne pas une place importante au super-ordinateur, nommé pompeusement “Le Destin” par Adam Susan, commandeur en chef du parti fasciste britannique. Le rôle attribué au Destin n’est pas clair, mais on devine qu’il assure la télé-surveillance et sert de pilier à la bureaucratie totalitaire. Le visage de la dictature, Adam Susan, lui voue un culte perturbant, jusqu’à l’attraction sexuelle. Le Destin incarne à ses yeux l’idéal totalitaire, froid, insensible, omnipotent.

En cette période de remise en question du système et de numérisation galopante, il est urgent de se replonger dans ces œuvres. Surtout dans le livre méconnu d’Ira Levin, qui nous prouve que les meilleures intentions peuvent mener à des résultats dérangeants…

EDIT du 08/05/17 : cet article s’arrête sur 3 oeuvres, mais il y a bien évidemment d’autres romans ou nouvelles qui reprennent le thème du “supercalculateur” étatique. J’ajoute la “Machine des Jeux” que l’on retrouve dans les romans du Cycle du Â, de A.E. Van Vogt. Celle-ci supervise l’attribution des postes de pouvoir.

Crédit image : Don DeBold (Flickr)
Merci à Henry de m’avoir inspiré ce sujet !

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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