Jacques Beaumier est ébéniste, mais aussi écrivain autopublié dans le domaine de l’anticipation. Ça change des profils d’auteurs que j’aborde habituellement sur ce blog. Et tant mieux ! Suite à sa prise de contact, j’ai pu lire son roman-recueil De Mémoire d’Homme – suivi de Un Monde un peu meilleur ; et sachez-le tout de suite, la composition de ce livre s’avère assez inhabituelle, puisqu’elle mixe plusieurs nouvelles (pour la majorité prétextes à l’introduction de plusieurs personnages) et un roman court – ou novella, mais peu importe.

Une compilation de tranches de vie futures

Le livre de Jacques Beaumier, De Mémoire d'HommeJacques Beaumier y décrit des tranches de vie futures, dont les acteurs se croisent d’une séquence à l’autre. On passe d’Adrian, personality programmer en déshérence face à la mort de son emploi, remplacé par une IA ; à Gaspard, maître-luthier tiraillé entre sa recherche de perfection artisanale et une “machine capable de réaliser en quelques jours un instrument qui lui aurait demandé plus d’un mois de travail, avec une qualité comparable” ; ou encore à Ousmane, citoyen-immigré soumis au contrôle du système pour avoir eu des comportements jugés répréhensibles…

La première partie du livre, fragmentée en 12 “épisodes”, permet donc, semble-t-il, d’introduire certaines figures-clés de la novella à suivre, tout en composant un univers cohérent.

L’occasion pour l’auteur de développer une réflexion ou une forme de morale parfois un peu passive à travers les différents destins croisés : capitalisme à outrance, société numérique, interculturalité, immigration et intégration, rapports entre hommes et femmes… Comme s’il cherchait à coucher ses déambulations philosophiques et politiques dans des personnalités multiples ou des expériences sociales.

Une certaine mélancolie traverse les textes et certains personnages, comme si demain s’annonçait désenchanté. C’est ce qui rapproche donc De Mémoire d’Homme d’une dystopie. Dystopie vague, diffuse, comme un miroir déformé de notre présent.

La novella prolonge les nouvelles introductives en se concentrant sur une sorte de polar socio-politique au cœur duquel le capitaine Anderson Hill joue le rôle central. Une centaine de pages qui se laissent lire, sans pour autant m’avoir marqué l’esprit.

Entre voyage introspectif et futur proche fantasmé

Et sur l’écriture, qui lui est venue de son propre aveu “comme moyen d’exorciser quelques angoisses sur l’évolution du monde” ? Rien à dire, Jacques Beaumier s’en sort bien. C’est fluide, clair dans les descriptions et les caractères… Mais la “neutralité” mélancolique du style menace de faire décrocher le lecteur.

Et l’intrigue reste faible, l’auteur préférant jouer l’observateur de rencontres ou de moments intimes, au risque de rendre les récits atones, plus ou moins captivants. Les nouvelles réservent au final peu de surprises ou de rebondissements. On s’en tient à un voyage introspectif et à une exploration de la vie urbaine d’un futur proche légèrement fantasmé, où certaines technologies émergentes sont simplement devenues la norme. Reviennent régulièrement les cabelecs, les androïdes, le paiement mobile, la réalité virtuelle, l’automatisation de la production… L’imaginaire se risque peu à l’audace, privilégiant une sorte de réalisme et empruntant à la prospective actuelle.

Le livre me laisse un peu sur ma faim, du fait d’un manque d’intensité narrative. Le récit glisse doucement vers une conclusion aux accents utopistes sans réussir à en faire une véritable chute. Tout au plus la fermeture de plusieurs parenthèses…

La critique était courte, car je manque un peu de temps dernièrement pour publier. Sans manquer de respect à l’auteur qui a déjà eu le courage et la patience d’aller au bout de son projet d’écriture. Et je l’invite d’ailleurs à continuer, notamment avec des textes courts qu’il semble apprécier, sous la forme de chroniques de personnages lambda évoluant dans notre société d’après-demain.

Ses capacités de storyteller ne demandent qu’à s’exercer plus régulièrement.

Retrouvez le livre en version ebook et imprimé sur le site de Jacques Beaumier.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

One Comment

  1. Jacques Beaumier 7 janvier 2019 at 9 h 26 min

    Merci pour l’attention porté à mes textes. J’assume avec plaisir la filiation aux novellas, genre littéraire qui a connu son heure de gloire avec mes auteurs préférés du XIXème siècle, de Stevenson à Edgar Allan Poe en passant par Maupassant ou Georges Sand. Sur le fond, je ne peux que rendre hommage à le justesse de votre lecture qui décode mes propres hésitations, ou mon incapacité à investir en priorité la force d’une intrigue, la description d’un monde ou la psychologie des personnages ! J’espère que cette indécision fera le charme de mes écrits pour des lecteurs aussi indéterminés que moi-même…

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