Dans la série des “A.I. takeovers” (prise de pouvoir par une intelligence artificielle), il y a eu MatrixTerminator, I, Robot et bien évidemment 2001, L’Odyssée de l’Espace. On pourra désormais compter – ou pas – sur Robopocalypse, un roman SF apocalyptique aux allures de livre d’action, signé Daniel H. Wilson.

L’auteur – également docteur en robotique et IA – livre une histoire au rythme haletant, concentrée sur une guerre entre les machines et les hommes après l’éveil d’une IA hostile à notre espèce. Rien de nouveau ? Presque. En tout cas, le projet de film est déjà entre les mains de Michael Bay (Steven Spielberg étant passé à autre chose).

Voilà qui annonce la couleur.

Encore une IA qui se soulève contre l’Humanité

Le livre Robopocalypse de Daniel H WilsonDans un futur qu’on relativement proche, un homme que l’on imagine soldat nous raconte l’ultime assaut contre Skynet Archos, l’intelligence artificielle à l’origine d’une “nouvelle guerre” à l’échelle planétaire.

Sur la base d’enregistrements numériques, Cormac “Bright Boy” Wallace retrace des bribes de cet affrontement apocalyptique : éveil d’Archos dans un laboratoire américain, soulèvement des machines puis réaction combative des rares survivants.

Autant d’épisodes que l’auteur construit autour des moments-clés et témoignages d’une poignée de protagonistes. Le lecteur suit ainsi un ingénieur militaire piégé en Afghanistan, deux frères embarqués par le destin dans la résistance humaine, une jeune fille aux pouvoirs cybernétiques, un expert en robotique tokyoïte ou encore un hackeur de génie…

L’avantage (ou l’inconvénient selon les goûts) de ce croisement de récits en flashbacks est que l’on en connaît l’issue dès le départ : une vilaine IA veut éradiquer l’Humanité, mais les humains, d’abord dépassés, ne se laissent pas faire et vont traquer la machine-mère jusque dans son antre, dans l’un des endroits les plus reculés et hostiles de notre planète. Ce qu’on va apprendre, c’est ce qui s’est déroulé au cours de cette parenthèse temporelle.

“Peu importe que vous lisiez ces lignes dans un an ou dans un siècle. Vous saurez que l’humanité a porté la flamme de la connaissance dans la noirceur terrifiante de l’inconnu, vous saurez que nous avons frôlé l’extinction. Mais nous avons tenu bon. Vous saurez que nous nous sommes battus. Nous avons survécu. L’espèce supérieure, c’est nous.”
– Cormac “Bright Boy” Wallace

Vous l’aurez compris, l’action est le moteur de ce roman apocalyptique. Une sorte de carnet de guerre. Du coup…

Robopocalypse est divertissant, à défaut de marquer le genre

Robot Spotmini Boston Dynamics

Imaginez ce mignon petit robot de Boston Dynamics en train de vous pister sans relâche à travers toute la ville. Sympa comme innovation, non ?

Haletante, parfois épique, souvent brutale, l’écriture de Daniel H. Wilson distille l’introspection des personnages au cœur de (très) nombreuses scènes coups de poing assez jouissives – je dois l’avouer. Au risque de passer pour superficiel, le roman frappe à l’estomac plutôt que de développer une réflexion plus profonde et contextualisée sur les rapports des humains aux machines.

Attention, il y a bien quelques passages intéressants qui permettent à l’écrivain de donner de l’épaisseur à Archos et notamment à un robot militaire nommé Neuf Zéro Deux, lequel se révèle sur le tard malgré un rôle crucial pour l’arbitrage des événements. Ce “Chappie” ouvre un champ spéculatif trop rapidement fermé, car cédant aux besoins de l’action. On restera sur notre faim après des dialogues humains-machines et machines-machines enthousiasmants… bien que convenus. Pour du Asimov, on repassera.

Restent de Robopocalypse une série de concepts palpitants, de l’avalanche de micro-machines sadiques (Wilson fait preuve d’une imagination prolifique à cet égard) à l’émergence de personnages dotés de savoirs / pouvoirs révolutionnaires, en passant par la démonstration de l’ultra-dépendance néfaste de notre société aux technologies : plus nous leur déléguons notre sécurité et notre confort, plus nous sommes en danger.

“La loi obligeait toutes les voitures à disposer d’une assistance à la conduite intégrale. La loi prohibait totalement la possession d’armes à feu. Et le réseau de caméras de surveillance avait été infecté d’entrée de jeu, offrant aux machines une vue imprenable sur tout l’espace public urbain. A Londres, les gens étaient trop en sécurité pour survivre.”
– Lurker

Bref, Robopocalypse sort l’artillerie lourde, avec en bonus (!) une happy ending : c’est bel et bien un scénario de blockbuster. Simple, basique, loin du génie des Wachowski.

Michael Bay récupère le projet de film Robopocalypse (après Steven Spielberg)

L’auteur le dit lui-même dans sa page de remerciements : les cinéastes de DreamWorks ont manifesté leur enthousiasme dès le départ… Façon de dire qu’ils en ont acheté les droits. Preuve du potentiel initial de ce roman de SF plus spectaculaire que philosophique.

On a aussi beaucoup entendu parler de l’intérêt que lui portait Steven Spielberg, lequel devait adapter le scénario au cinéma (même si Robopocalypse se prête aisément au format série). Jusqu’à début 2018, où l’on a appris que Michael Bay récupérait le projet – Spielberg l’ayant directement choisi pour cette “mission”, sans pour autant lâcher la production.

Vous savez, le Michael Bay à qui l’on doit une partie de la franchise Transformers, mais aussi Pearl Harbor et Armageddon ? Un réalisateur parfaitement adapté aux films à gros effets spéciaux, avec des scènes de guerre et des robots à profusion.

Livre d’action, je vous l’avais bien dit.

Après Robopocalypse, la suite : Robogenesis (parce que)

En attendant le film, qui devrait sortir en 2019 ou 2020, la conclusion de Robopocalypse laisse la porte grande ouverte pour un deuxième opus, Robogenesis, paru en juin 2017. Le synopsis est assez prévisible :

“Archos a survécu. Réparti à travers les confins de la Terre, le code de la machine s’est fragmenté en millions d’unités, se cachant et se regroupant. Dans une série de récits captivants, Robogenesis explore les destins de personnages nouveaux et anciens, robotiques et humains, alors qu’ils se battent pour construire un nouveau monde à la suite d’une guerre dévastatrice. Les survivants se retrouvent, forment des groupes et résistent dans un paysage technologique radicalement différent (et mortel). Et pendant ce temps, les restes de l’intelligence brisée d’Archos s’infiltrent de plus en plus dans de nouvelles races de machines, menant une guerre qui ne permettra pas aux humains d’en sortir vainqueurs.”

OK, ça sent le réchauffé. Mais on devrait bien s’amuser, tant qu’on accepte une Science-Fiction de pure distraction, réservée aux moments de farniente sur la plage ou au bord de la piscine.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

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