Beaucoup de monde pense qu’il n’y a qu’une « SF », alors que ses sous-genres sont nombreux et extrêmement différents sur le plan de l’imaginaire. Je suis souvent frustré de constater la simplification opérée dans l’esprit des gens qui m’entourent, simplification qui induit généralement un blocage par défaut vis-à-vis de toute discussion sur le sujet (un truc de geek). Alors comment s’initier ou amener quelqu’un à cette littérature polymorphe en y trouvant du plaisir ? Que ce soit pour vous, pour un(e) ami(e) ou toute autre personne, la meilleure démarche pour ne pas créer de « frein » est de – au choix :

S’ouvrir à la Science-Fiction de façon « soft », par exemple avec des œuvres spéculatives et non clivantes sur le plan littéraire. Certains romans science-fictionnel peuvent presque passer pour une simple fiction tant l’aspect « futuriste » ou technologique est minime, notamment lorsque l’Humain est l’élément central de l’histoire.

Choisir les œuvres en fonction des penchants « imaginaires » et rationnels (sciences et technologies, fantastique, merveilleux, aventure, métaphysique, psychologie / sociologie, politique…) de la personne – souvent en s’appuyant sur des exemples de films ou séries que celle-ci apprécie.

Eviter les lectures fleuves (à l’instar des space operas) en proposant des nouvelles accessibles dans le style, percutantes dans le questionnement qu’elles génèrent. Ce n’est qu’une recommandation générale puisque certaines personnes peuvent accrocher spontanément à L’Aube de la nuit ou au Cycle de Fondation d’Asimov, qui contient… 7 tomes.

Focaliser l’approche de l’œuvre sur l’aspect « exploratoire » au niveau thématique ou sur l’intrigue / fil rouge. L’intérêt d’un scénario de Science-Fiction réside beaucoup dans le cadre narratif et dans le « et si » initial, que chaque auteur ou scénariste exploitera avec plus ou moins de talent.

Ne pas se tromper sur la maturité nécessaire pour bien appréhender une œuvre SF ou d’anticipation : personnellement, j’ai lu 1984 à 15 ans – avec des difficultés et un pas mal d’ennui – puis à 22 ans ; la différence de perception a été phénoménale. Il en va de même pour une œuvre comme 2001, l’Odyssée de l’Espace, qui se comprend mieux à l’aune de la lecture du roman.

Une sélection totalement subjective de romans, nouvelles, films et séries pour s’initier à la SF

J’ai donc demandé à ma (petite) communauté Twitter de me dire quelle œuvre de Science-Fiction ou d’Anticipation avait provoqué une passion pour le « genre ». Voilà ce qu’on m’a répondu, avec mes recommandations.

Les romans et nouvelles à lire pour découvrir la SF

V pour Vendetta

La Nuit des Temps. Ce roman phare de René Barjavel, l’un des plus grands auteurs de SF francophone, est à l’origine de mon amour pour cette littérature. La Nuit des Temps raconte une histoire d’amour à travers le temps, entre une « atlantide » antique (ravagée par une guerre totale) et l’époque contemporaine. Pour l’anecdote, c’est une œuvre que notre professeure de Français nous a révélée en classe de 3ème.

Le Grand secret. Toujours de Barjavel, ce livre uchronique se construit sur la base d’une histoire d’amour et théorise l’existence d’une île sur laquelle vivent des contaminés, mis en quarantaine par une coalition de gouvernements. Les habitants de l’île ont été infectés par un virus aux propriétés très particulières… Je ne peux pas en dire plus sous peine de briser le « secret » ! Idéal pour s’initier à la Science-Fiction.

La Faim du tigre. Ni roman, ni nouvelle. Il s’agit d’un essai spéculatif ou d’une « sorte » de fiction philosophique de René Barjavel (encore), dans laquelle l’auteur développe sa pensée sur l’Humain et sa condition. Le titre évoque ainsi la soif de vivre et de perdurer de notre espèce, pourtant définie par sa finitude et son existence sordide.

Fahrenheit 451. Concernant Ray Bradbury, reconnu comme l’un des écrivains qui ont marqué le 20ème siècle, évitez tout de suite Les Chroniques Martiennes et dévorez Fahrenheit 451. Ce roman au style fluide et très accessible nous projette dans un futur finalement peu différent de notre présent, mais dans lequel l’état (totalitaire) emploie les pompiers pour détruire par le feu la source de toute contestation : la culture, et donc son support imprimé. Cette œuvre est une ode aux livres avant d’être de la SF.

1984. Qui ne connaît pas Big Brother, essence personnifiée de la pensée totalitaire ? Le livre d’Orwell fait désormais partie des classiques, grâce à la puissance de l’histoire, la profondeur psychologique des personnages et le travail sur les mécanismes mentaux, sociaux et politiques qui mènent à l’étouffement du libre-arbitre et à la négation de l’humain. 1984 est sans le moindre doute LE roman qu’il faut lire… Mais après l’adolescence.

Le Robot qui rêvait (et autres nouvelles). Je mets du Asimov ici bien que je considère cet auteur comme réservé – sur l’essentiel de son œuvre littéraire – à des amateurs confirmés de SF. Tout simplement parce que ce recueil de nouvelles est un mix idéal entre psychologie, prospective, humour et action. Ne vous arrêtez surtout pas au mot « robot ». Ce sont les personnages – dont les robots – et la diversité des questionnements soulevés qui font l’intérêt de cette compilation.

V pour Vendetta. Rendu célèbre mondialement grâce à son adaptation cinématographique (plutôt réussie bien que ne permettant pas de s’imprégner de toute la richesse narrative et intellectuelle de l’œuvre), ce comic-book donne à voir une Angleterre sombre, violente, post-apocalyptique, désormais dominée par un parti unique qui rappelle l’univers orwellien. De la pure anticipation socio-politique avec une verve exceptionnelle.

Silo. Est-ce que cette trilogie inégale mérite vraiment d’apparaître au milieu de tant d’œuvres majeures ? Pas certain. Néanmoins, la trilogie de Hugh Howey a pour elle un succès d’édition récent et une forte accessibilité au niveau du style. L’intrigue est simple, et le cadre narratif étouffant : après un cataclysme déclenché par les humains, les survivants sont parqués dans un silo souterrain de plus de 100 étages. Juliette, personnage central du roman en 3 tomes, va progressivement révéler le lourd secret et la véritable visée de cette micro-société aux règles dictatoriales.

L’Ile du Docteur Moreau. Je devais avoir 12 ans quand j’ai lu ce roman d’H.G. Wells. A réserver à ceux qui ne craignent pas le fantastique, puisque c’est un roman dérangeant, angoissant : le narrateur arrive sur l’île d’un chirurgien qui s’essaie à des manipulations génétiques et physiologiques sur des animaux sauvages, leur conférant une étrange et perturbante « humanité ». Le livre sera plus tard adapté au cinéma.

La Machine à explorer le Temps. C’est culte ! Cette œuvre a inspiré de nombreux écrivains et passionnés de Science-Fiction à travers les décennies, en faisant à coup sûr l’un des romans les plus célèbres de la catégorie. H.G. Wells aborde le voyage dans le temps par la voix d’un scientifique aventurier qui raconte ses découvertes temporelles à un groupe d’invités. Un roman hommage, aux intonations parodiques et au style steampunk, a d’ailleurs été écrit par Christopher Priest : La Machine à explorer l’Espace.

Axiomatique. Publié par un auteur (Greg Egan) peu connu bien que salué par la critique, Axiomatique se compose de 18 courts récits de Science-Fiction aux concepts tous plus fous les uns que les autres. Selon Jean-Pierre Lion, Greg Egan prouve avec ces nouvelles qu’« il est la vivante illustration de la science-fiction considérée comme une littérature d’idées. »

Eon. On touche ici au domaine de la Hard SF : dans un futur proche, un « caillou », d’abord considéré comme un simple astéroïde, vient se placer en orbite autour de la Terre. Ce roman culte de Greg Bear traite du contact avec une « autre » civilisation de façon étonnante, puisqu’elle a tous les traits de l’Humanité… Et que son vaisseau est abandonné. A lire si vous voulez commencer par une œuvre phare de la Science-Fiction contemporaine.

Nos amis les humains. 2 humains sont enlevés par des extra-terrestres pour être étudiés dans un huis-clos distrayant, essentiellement composé de dialogues. Tout oppose Raoul et Samantha : comment cohabiteront-ils au fil des journées passées dans une petite pièce ? Ce court roman de Bernard Werber se lit d’une traite, au cours d’un vol pour votre prochaine destination de vacances.

Chatbot le Robot. Une Intelligence Artificielle peut-elle bluffer des philosophes ? Pascal Chabot livre là un petit essai fictionnel passionnant, dans lequel des penseurs sont confrontés à une IA dont le challenge est de développer des réflexions sur 5 questions philosophiques. Découvrez ma critique de Chatbot le Robot ici. Et rassurez-vous, c’est très accessible.

Les films et séries à voir pour s’initier à la SF

Les fils de l'homme

Her. Ce film récent est unanimement salué pour le jeu d’acteur du personnage principal et la trame philosophique qu’il développe, à travers la relation affective grandissante entre un célibataire et une intelligence artificielle (conçue comme système d’exploitation dans l’œuvre). Her spécule avec poésie, avec un fond philosophique et métaphysique, sur cette révolution technologique qui génère énormément de questionnements à notre époque.

Premier Contact (et La Tour de Babylone). Alerte chef-d’œuvre. Vous avez peut-être vu le film au cinéma en 2017 : Arrival (Premier Contact chez nous) a porté sur grand écran une génialissime nouvelle de Ted Chiang, auteur du recueil La Tour de Babylone. J’espère ne pas travestir l’histoire en la résumant ainsi : des vaisseaux aliens non hostiles se « posent » sur Terre, mais les humains sont confrontés à l’impossibilité de communiquer avec eux. Une linguiste renommée est embarquée dans une course contre-la-montre pour déchiffrer leur système linguistique, tandis qu’elle est sujette à des visions tragiques sur sa propre vie. Pour le reste, no spoiler.

Le Maître du Haut Château. Il s’agit d’un roman que l’on peut classer dans l’uchronie, imaginé par le maître de la SF (à mes yeux) : Philip K. Dick. La particularité de l’histoire tient dans le fait que l’auteur nous projette dans un passé alternatif, dans lequel le Japon et le IIIème Reich ont vaincu les alliés à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Du génie spéculatif mis tout récemment en images par Amazon Studios dans une série TV de bonne qualité.

Interstellar. Sur une Terre à bout de ressources, projection tragique et si proche du dépérissement écologique de notre planète, les humains n’ont plus d’autre choix que de trouver une colonie, à l’autre bout de la Galaxie. Le film est donc une épopée spatiale qui aborde des sujets passionnants (écologie, relativité temporelle, espace-temps…) dans des décors et une ambiance d’une beauté exceptionnelle. La complexité scientifique du scénario est tempérée par la relation familiale qui se joue en filigrane de l’aventure pour la survie de l’espèce.

Monsters. Une invasion extra-terrestre aux faux-airs de Guerre des Mondes, sans la violence et la menace apocalyptique… Car les monstres, dans ce film, sont d’immenses et « paisibles » organismes tentaculaires perdus dans une Amérique du Sud désertifiée, au-delà du mur qui sépare les US du Mexique. Le réalisateur réussit à transformer l’angoisse initiale en une déambulation progressive vers le merveilleux.

Les Fils de l’homme. Si le livre n’est pas classé dans les « top » de l’anticipation, sa traduction cinématographique avec Clive Owen est souvent citée comme un « must-see ». Dans un futur indéterminé et effondré, l’Humanité a vu sa fertilité chuter à tel point que les rares enfants qui naissent sont des trésors à protéger coûte que coûte.

District 9. Certains verront le film d’action, j’y vois une étonnante réinterprétation de l’Apartheid à la sauce science-fictionnelle. Tout est étrange et donc captivant dans District 9. Le lieu (les bidonvilles sud-africains), le personnage (un agent de la MNU, société privée en charge des réfugiés), les migrants (des aliens surnommés « crevettes » en raison de leur physique)… Sans compter la mutation qui va frapper progressivement le héros, nous renvoyant à des œuvres cultes comme La Mouche ou La Métamorphose.

Chappie. Un autre film de Neil Bloomkamp – vous aurez compris que j’apprécie ce réalisateur – qui nous transporte dans le même décor de ghetto sud-africain que District 9, cette fois pour dérouler un scénario palpitant et émouvant. Un robot de combat façon Robocop se voit injecter une intelligence artificielle… Sauf qu’il est volé par des racailles locales qui veulent en faire leur compagnon de braquage. Croyez-moi, vous ne verrez plus jamais un robot de la même façon.

Bienvenue à Gattaca. Monument du cinéma d’anticipation ! C’est l’un des rares films à aborder l’eugénisme avec autant de talent. Dans un monde à l’ambiance rétro-futuriste, la société est régulée par le profil génomique de chaque individu ; deux hommes que tout oppose dans leur ADN vont s’allier pour déjouer les lois de Gattaca. Si vous n’avez pas vu ce film, rattrapez votre retard au plus vite.

Real Humans. Considérée à raison comme la seule vraie série de robots qui vaille le détour, Real Humans est malheureusement arrêtée au bout de 2 saisons. Dommage pour cette incroyable uchronie mixant des réflexions philosophiques, de l’action et une petite dose d’imaginaire technologique. Cette série suédoise (!) dépeint une société dans laquelle les androïdes font partie intégrante de la vie des gens, en tant que travailleurs, compagnons sexuels, assistants de vie ou majordomes. Le côté réaliste de la réalisation ne fait qu’amplifier l’intérêt pour cette fiction spéculative.

Black Mirror. Les talentueux scénaristes de cette série bouleversent notre vision de l’avenir à chaque épisode. Généralement sombres et cyniques, les histoires abordent des thèmes sans cesse renouvelés (mondes virtuels, gamification, réseaux sociaux, voyeurisme médiatique…) pour mieux questionner et refléter notre nature humaine dans un monde fait d’écrans.

Les 3%. C’était l’OVNI télévisuel de 2016. Dans cette série brésilienne produite par Netflix, l’action se déroule après un effondrement sociétal qui a vu les humains se diviser en 2 populations : l’immense majorité qui vit dans un dénuement total, et les 3%, ceux qui ont la chance de vivre dans une mégapole privilégiée. L’entrée dans cette société élitiste dépend des dons que chaque candidat démontrera durant une série d’épreuves aussi complexes que brutales.

J’espère que vous trouverez votre bonheur dans cette liste. Et si vous souhaitez partager l’œuvre qui vous a initié à la SF, n’hésitez pas à laisser un commentaire.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

4 Comments

  1. On oublie souvent la horde du contrevent, immense chef d’oeuvre d’Alain damasio. Pour ceux qui aiment la science fiction légère !
    Pour moi ça a été une des plus grosses révélations SF !

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    1. En effet ! D’ailleurs la BD vient de sortir et c’est apparemment une réussite !

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  2. Edge of Tomorrow, L’effet Papillon, Seul sur Mars, Wall-E, Minority Report, Super 8 ou encore le récent Ready player One, le premier Matrix… y a beaucoup de (bons) films de SF qui sont accesibles, dans des genres variés pour montrer autre chose que Star Wars.
    Dans ta liste, Interstellar (assez compliqué) et Les fils de l’homme (un peu “mou) ne me paraissent pas si facile d’accès, en dépit de leur grande qualité.

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    1. Complètement d’accord avec toi. Merci pour les ajouts !

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