Le Temps, l’Humanité, l’affrontement constant du Bien et du Mal… Dans son dernier roman de Science-Fantasy publié aux éditions Leha, Inkarmations, Pierre Bordage explore le destin fragile de l’Homme à travers l’opposition épique de deux forces surnaturelles, de la nuit des temps au futur proche. Une aventure agréable à suivre, un peu en dehors de mes lectures habituelles.

L’histoire “omni-temporelle” d’Inkarmations

couverture d'inkarmations, de Pierre BordageLe roman s’ouvre sur une scène que l’on situe vaguement aux prémices du 20ème siècle. Un homme, facilement identifiable par le lecteur, se retrouve pris en étau de forces antagonistes : l’une cherchant à l’assassiner, l’autre à le sauver. Mort, ce personnage transformerait profondément l’avenir de notre espèce.

Dès lors se délie la trame, pour reprendre un concept central du roman. Depuis l’apparition de l’Homme sur Terre, les Rakchas tentent de mener la civilisation à sa perte, tandis que les Karmacharis, missionnés par les Seigneurs du karma, veillent sur elle et s’interposent in extremis dans les grands moments de l’Histoire. Sans eux, l’Humanité basculerait dans le néant.

L’histoire se vit de saut en saut, sur Terre ou dans le Vimana (le méta-monde des Seigneurs du karma). Tantôt dans l’Antiquité, tantôt en 2045, tantôt à l’ère néanderthalienne, puis au temps des croisades ou du Far-West… Alors que l’Histoire de l’Humanité est en jeu, une autre quête, personnelle, traverse le roman : celle d’Alyane, une karmachari séparée de son âme-soeur, punie par un cycle d’inkarmations millénaires et qu’elle tente follement de retrouver au fil de ses missions.

« Elle avait eu une pensée désolée pour Elakim, condamné à un interminable cycle d’inkarmations parce qu’il n’avait pas réussi à empêcher l’assassinat d’un homme d’état et l’effroyable guerre qui en avait découlé. Elakim, qu’elle avait aimé de tout son être – qu’elle continuait d’aimer dans le secret de ses pensées – au mépris des règles formelles du Vimana. »

Inkarmations, une épopée mystique qui nous emporte facilement

Inkarmations se résume pour moi à un bon mélange d’aventure, de spiritualité et de mysticisme, de fantaisie et de science-fiction. Un roman de divertissement avant tout. La quête temporelle, marquée par la guerre invisible d’agents transcendants, fait de ce livre un « page-turner » pour celui ou celle qui apprécie les épopées à travers le temps, teintées de petites « injections » technologiques ou scientifictionnelles.

J’émettrai juste une critique sur le principe simpliste et très (trop) binaire d’un jeu universel entre le Bien et le Mal – cette seconde force n’ayant qu’une vocation nihiliste, telle une force de destruction pure. Un « concept » répandu dans l’Imaginaire, avec lequel j’ai un peu de mal en général, d’autant plus lorsque nous ne savons quasiment rien de cette entité antagoniste.

« Les forces de Création ne vont pas sans les forces d’équilibre ni sans les forces de destruction. Notre tâche est de préserver l’équilibre et permettre à la Création de se déployer. C’est la nature des rakchas de chercher à briser l’équilibre et à précipiter la Création dans le néant. […] Il est possible qu’ils disparaissent en même temps que ceux qu’ils auront poussés dans le néant, car ils n’auront plus de raison d’être. »

Pour la maison d’édition, il faut y voir « une réflexion sur l’Humanité, son évolution et ses penchants les plus sombres, mais dans laquelle réside toujours une lueur d’espoir ». En l’espèce, l’imaginaire de Pierre Bordage, dont la valeur ne se questionne plus, déresponsabilise totalement l’Homme de son destin et de ses choix, puisqu’il ne maîtrise au final pas tous les tenants et aboutissants de ses actes.

Cela n’empêche pas, comme je le disais un peu plus haut, qu’Inkarmations développe une aventure captivante, chargée de mythologie et de relents dystopiques (forcément, dans sa vision du futur proche de notre société).

Je vous laisse avec son ITW par la Librairie Mollat :


Titre : Inkarmations
Auteur : Pierre Bordage
Editeur : Leha Editions
Pages : 450
Publication : 20.09.2019
Prix : 22€ TTC

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

2 Comments

  1. A propos de la lutte entre le Bien et le Mal : je me dis que ce n’est pas forcément un mal de revenir parfois à cette simplicité (je ne dis pas à ce simplisme). En effet, la plupart des œuvres aujourd’hui proposent des méchants complexes, ayant un projet délirant mais altruiste ou ayant des raisons d’être devenu méchant (persécutions, etc.) au point de faire oublier que la vraie méchanceté en tant que désir de nuire, ça existe aussi.
    Je pense que l’Art a connu une période où il donnait du méchant une image caricaturale (ex : l’ogre du petit Poucet). Ensuite, il a montré la complexité de la vie avec des gentils pas si gentils que ça (ex : Vimaire chez Pratchett) et des méchants complexes (ex : le récent film Joker). Il est peut-être temps de développer un nouveau manichéisme, mais pas un manichéisme naïf et caricatural ; un manichéisme conscient que la vie est complexe, mais qui nous renvoie tout de même à un choix entre les forces de Vie et les forces de Mort. Un manichéisme à la Death note (Kira fait baisser le taux de mortalité en tuant des criminels, mais peut-on lui accorder ce droit de tuer ?)

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    1. Bonjour Jérémy, merci pour ton commentaire qui devrait plaire à l’auteur. Je partageais avant tout un ressenti qui est certainement nourri par ce que je consomme personnellement depuis plusieurs années. On est bien d’accord sur ce traitement du Bien et du Mal très influencé par l’univers du cinéma et l’imaginaire des dernières décennies, et qui tend à développer des personnages/entités/scénarios plus complexes et modifiant notre rapport aux valeurs morales… Vision intéressante en tout cas !

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