Nuage Orbital. Le livre est là, tout juste reçu par La Poste, très épais, avec sa couverture assez explicite sur le genre littéraire auquel il appartient – la Hard-SF. Son auteur m’est inconnu (Taiyô Fujii) tout comme la jeune maison d’édition (Atelier akatombo) qui m’a fait l’agréable surprise de m’envoyer un exemplaire du roman. Un tweet pour les remercier, et Nuage Orbital se place en haut de ma pile à lire, laquelle semble ne jamais vouloir rétrécir, bien au contraire…

Et puis, une poignée de jours plus tard, passage à la FNAC. Le bouquin trône, bien en vue, en tête de la sélection du libraire. Un signe ?

J’attaque donc ce roman le soir-même, sans savoir qu’il me faudra plusieurs mois pour le refermer. Pas par manque d’intérêt, mais par manque de temps ; et puis, plus de 500 pages de Hard-SF d’intrigue aérospatiale, avec de l’espionnage international et des notions high-tech / cybersécurité en trame de fond, il faut s’accrocher. Quoique pour le spécialiste du numérique que je suis, ce n’est pas pour me déplaire, surtout quand on parle de réseau, d’internet des objets ou de développement web.

Un roman de Hard-SF primé au Japon

Nuage Orbital de Taiyô FujiiD’abord, petit laïus sur l’auteur et la réception du roman, dans son pays natal, l’archipel du Soleil Levant. Grand Prix japonais de la SF, Prix Seiun, meilleur ouvrage de Science-Fiction selon SF Magazine… Le niveau est assuré avant même de commencer.

Taiyô Fujii, quant à lui, tire parti de son passé d’ingénieur informatique et de son statut d’écrivain de SF respecté au Japon pour développer un récit scientifiquement pointu, parfaitement dans l’air du temps (l’histoire s’inscrit approximativement dans notre présent), parsemé de « culture » numérique, de hacking et d’astrophysique.

Introduit comme ça, vous pourriez penser que l’écriture risque d’alourdir le récit par sa froideur technique.

Eh bien… Le début m’a un peu donné cette sensation, ensuite balayée par la capacité de l’auteur à tisser un scénario complexe, montant continuellement en tension et en action, avec des protagonistes qui, de prime abord assez difficiles à appréhender, prennent de l’épaisseur, révèlent leurs caractères et réussissent à composer un petit groupe de personnages solide et passionnant.

Même les longues phases de dialogues ultra-techniques (il y en a, souvent !) conservent l’attention du lecteur par leur rythme soutenu et ce qu’elles nous apprennent sur les technologies actuelles. Je ne promets pas d’avoir tout compris malgré tout.

Spéculation scientifique et cyber-espionnage

Mais qu’est-ce que le Nuage Orbital ? Un nom poétique qui représente en réalité une menace potentielle pour nos sociétés contemporaines tournées vers l’Espace. Car la menace pour notre monde dépendant du numérique vient du ciel : et si, par le génie malveillant d’un ex-ingénieur de l’agence spatiale japonaise passé à la cyber-armée nord-coréenne, tout le réseau de satellites occidentaux pouvait être détruit par une nuée de micro-robots spatiaux (les « longes spatiales », explications ici), dirigés depuis une « simple » application depuis la terre ferme ?

« A elle seule, cette image est la preuve que les longes spatiales vont tout changer. Un vaisseau spatial qui peut rester en orbite pour toujours sans même avoir besoin de carburant ! Le monde entier aura des idées sur la manière de les utiliser. »

« Il expliqua qu’elle [l’application] était d’un usage très simple : Le menu Formation permettait de choisir la forme du Nuage dans une gamme allant de la sphère à la ligne effilée. Le menu Impact offrait cinq niveaux de force à appliquer lorsque le Nuage entrait en collision avec un objet, de Contact à Annihilation. »

Tout en spéculant sur une théorie marginale de l’ingénierie aérospatiale, Taiyô Fujii place ses personnages et son intrigue sur le damier géopolitique actuel : l’Iran d’un côté, avec un chercheur en aérospatiale précurseur mais bridé par la censure d’Internet et l’absence d’investissements de politique spatiale de son pays ; le Japon de l’autre, avec deux binômes – des entrepreneurs du numériques et des ingénieurs de la JAXA, l’homologue japonais de la NASA – embarqués dans une collaboration inattendue avec des agents de la CIA et des militaires du NORAD ; la Corée du Nord surtout, dont les agents œuvrent dans l’ombre pour abattre l’hôtel spatial du serial-entrepreneur américain Smark (toute ressemblance avec une personne réelle serait fortuite – ou pas) et peut-être inaugurer une nouvelle ère spatiale (l’énigmatique « Grand Saut ») pour les nations émergentes…

Le talent de l’auteur – au-delà de son incontestable expertise scientifique – se révèle quand les nombreux faisceaux d’indices, de phénomènes et de destins ne forment plus qu’un projet clair, cohérent et palpitant. A ce moment-là, l’intrigue est construite, le véritable dessein de l’agent nord-coréen transparaît, les compétences des personnages principaux se coordonnent… Tout s’emballe : les héros n’ont plus que quelques jours, voire heures, pour déjouer l’attentat global qui menace l’Humanité, avec l’aide improbable d’un richissime ermite passionné d’astronomie.

Je ne vous en raconte pas plus pour ne pas polluer votre lecture ou révéler des éléments-clés de l’intrigue. Vous me direz juste si, comme moi, vous n’avez pas perçu dans le roman une critique à peine voilée de l’incurie de la JAXA, décrite comme une organisation sclérosée et provocatrice d’une fuite des cerveaux vers la Chine ou la Corée. Fiction ou réalité ?

Toujours est-il que la JAXA a réellement mis en pratique le concept de la longe spatiale en 2017, avec comme projet de nettoyer les débris spatiaux. Un échec total, et pas le premier : l’agence japonaise venait de perdre un télescope spatial après seulement quelques semaines de mise en orbite.

Titre : Nuage Orbital
Auteur : Taiyô Fujii
Editeur : Atelier akatombo
Date de publication : 22/11/2018
Prix : 18€

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

One Comment

  1. Je ne connaissais pas du tout cette maison d’édition. Et c’est assez tentant. Et ca change des auteurs anglo-saxons !

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