Il paraît qu’un français sur trois rêve d’écrire un livre – si on en croit une étude d’Amazon réalisée en 2015. Mais entre les aspirations et la réalité, il y a un ravin… Ravin que Mickaël Feuillet a décidé de franchir en quittant son job de Directeur de Création en agence digitale. Tout simplement.

Alors quand l’un de mes collègues m’a parlé de lui (et surtout de son projet d’écriture d’un roman de Science-Fiction), j’ai décidé qu’il fallait le rencontrer pour comprendre ses motivations, son objectif personnel, et avoir un aperçu de son récit dystopique en avant-première.

C’est l’histoire d’un mec sympa pour qui l’appel de l’écriture ne se prend pas à la légère. Bonus : c’est un grand fan de Philip K. Dick, mais je sais, qui ne l’est pas ? 😉

HAH – Ça vient d’où, ce projet de roman de SF ?

J’ai découvert la SF en classe de quatrième. La prof de français nous avait donné une liste dans laquelle il fallait sélectionner un livre à lire ; il y avait de tout. J’ai choisi La Planète des singes. On peut dire que c’est le livre qui m’a le plus marqué. Ça a été un déclic : j’ai découvert qu’on pouvait lire et s’éclater, avec de l’aventure et de l’imaginaire.

Comme beaucoup, j’ai aussi été éduqué au cinéma, à travers la télévision, mais aussi les salles. Mon père m’emmenait voir Star Wars, Indiana Jones, James Bond et ma mère E.T. et beaucoup de dessins animés… Je pense que ça a eu une grande influence dans la construction de mon imaginaire. Les jeux-vidéos également. Mais je n’ai jamais lâché la littérature ; adolescent, je lisais beaucoup de Stephen King, puis évidemment j’ai découvert K. Dick ; j’ai lu beaucoup de ses œuvres, notamment ses nouvelles.

J’ai toujours lu de la SF, mais aussi beaucoup de choses différentes, du Beigbeder, du Houellebecq, et des tas de livres dont je ne pourrais même pas te redonner le nom des auteurs 😊

Livres de Philip K Dick

L’idée du roman s’est déclenchée en 2008. A l’époque, je travaillais sur le site des balances connectées Withings, l’iPhone commençait à s’installer. Je me suis dit que quelque chose était en train de se passer. Puis j’ai vu arriver d’autres objets connectés, l’émergence des smartphones, le transhumanisme, les textiles intelligents, les biotechs… Des évolutions galopantes et constantes au niveau technologique, sans pour autant que la vie quotidienne des gens ne changent vraiment : tout le monde continue de se lever le matin pour aller travailler, les bâtiments qui nous entourent ont souvent plus de cent ans et seront probablement encore là dans cent ans… Un paradoxe !

J’ai mis tout ça de côté pendant plusieurs années, gardant mes idées dans un coin de la tête. Puis en 2012, j’ai bossé sur la conception du nouveau site The Book Editions, leader de l’autoédition française. J’ai visité la zone de fabrication, observé tout le processus de réalisation des livres imprimés à la demande. Quand je suis sorti de la première réunion, je n’avais qu’une idée en tête : me mettre à écrire.

Un peu après, j’ai essayé de concrétiser, en prenant des notes, en jetant des idées. Je faisais ça pendant la pause du midi, dès ma première séance de travail, j’avais pris tellement de plaisir que je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Mais ça a encore pris pas mal de temps, j’avais du mal à tenir le rythme.

Si je voulais y arriver, il fallait que j’arrête tout. J’en avais besoin pour moi-même ; ne faire que ça. J’ai finalement pris la décision de quitter mon job pour me lancer sérieusement et complètement dans l’écriture. Je me suis arrêté fin novembre 2017.

HAH – Tu nous parles un peu de ton histoire ?

La trame se déroule dans un futur proche, parce que je veux que ça démarre à notre époque. David, un jeune homme très réservé, travaille dans un atelier de restauration d’art. C’est quelqu’un qui évite au maximum le contact avec les autres et ne sait pas du tout gérer ses émotions.

Il va alors découvrir un nouvel appareil connecté, permettant de surpasser ses problèmes de personnalité. Cet objet va changer sa vie, sa perception du monde mais aussi celle des autres, jusqu’à modifier en profondeur l’évolution de la société. Un peu comme l’a fait le smartphone… Même si ce que j’imagine reste de la pure spéculation.

J’ai envie de traverser le siècle sous le regard d’un personnage lambda et observer comment le monde évolue à travers lui.

HAH – Comment est-ce que tu abordes l’écriture ?

Mickaël Feuillet, écrivain de science-fiction auto-éditéJ’ai commencé par faire des recherches, travailler les personnages, leurs caractères, le contexte ; même si depuis beaucoup de choses ont changé. Ce n’était pas de la rédaction pure mais des feuilles et des feuilles (à la main, je n’ai rien tapé !) ; j’ai du mal à visualiser mes notes sur un smartphone 😊. Je ne rédigeais pas vraiment, c’était surtout pour stocker mes idées.

Aujourd’hui, j’y passe une vingtaine d’heures par semaine, même si je ne trouve pas ça suffisant ; j’essaie malgré tout d’être le plus régulier possible. J’espère finir d’ici la fin d’année, j’imagine qu’il y aura environ 500 pages mais ça n’est qu’une projection. Après je me dirai peut-être que c’est trop lourd, et je couperai ou au contraire j’étayerai. Je me dis qu’il faut quand même quelque chose de dense pour avoir une histoire riche ; d’ailleurs je ne suis qu’à 90 pages et ce n’est que le début de l’histoire !

J’ai choisi de rester en permanence sur le même personnage, ce qui n’est pas toujours évident. T’es tout le temps avec le mec que tu te retrouves parfois à regarder s’ennuyer, et pourtant, tu dois créer constamment de l’action, de l’intensité.

J’aimerais un jour passer sur une saga avec plusieurs protagonistes travaillés profondément, voir l’histoire à travers des yeux différents. Je souhaite aussi créer des nouvelles en parallèle, pour sortir du roman. J’en ai écrit une en février, en 2 jours.

Stephen King, Ecriture, Mémoires d'un métierJ’ai toujours des petites craintes, des doutes : « est-ce que j’écris bien ? », « est-ce que ça n’est pas trop mauvais ? ». Du coup, en ce moment, je feuillette des romans, un peu au hasard, en librairie, et ça me rassure un peu. Finalement je me dis : « ça va, c’est pas si mal ». Ma hantise, c’est aussi que des incohérences sautent aux yeux des lecteurs. C’est une des raisons qui m’a poussé à réécrire mon premier jet : je me suis mis dans des culs-de-sac, je voulais trop coller à la réalité, ça me bloquait.

Depuis que j’écris, je vais beaucoup sur YouTube ; c’est une vraie mine d’or. On y trouve beaucoup de conseils mais surtout énormément de conférences ou d’interviews de grands auteurs. Je ne suis pas écrivain de base, alors ça me rassure d’écouter les autres, ça me confirme que je vais dans la bonne direction.

C’est aussi pour cette raison que je viens de m’acheter le livre de Stephen King, Ecriture : Mémoires d’un métier, toujours dans l’idée d’appréhender les pratiques d’un grand auteur.

HAH – Pourquoi est-ce que tu écris ?

D’abord, parce que j’aime créer des histoires ; depuis toujours. J’ai commencé avec des petites BD quand j’étais enfant et ado, puis à travers mon métier dans la conception d’opérations pour les marques. Ensuite, sûrement parce que j’ai envie de procurer aux autres ce que j’ai ressenti à certaines lectures, qui m’ont transportées dans des univers que je garde ancrés au fond de moi. Enfin, c’est vrai que j’aime débattre, donner mon point de vue sur le monde qui change.

En soi, écrire un roman, c’est proposer une vision du monde aux autres, qui y adhéreront ou pas, ou peut-être même, détesteront, mais il y a aujourd’hui un véritable échange entre l’auteur et les lecteurs. Un échange accentué par les réseaux sociaux, qui permettent de donner un avis instantané, parfois avec des mots, qui, il faut bien le dire, ne sont pas toujours pesés… Mais au moins, on sait ce que le lecteur a pensé du travail réalisé.

Et puis ça me fait du bien, tout simplement 🙂

HAH – Maison d’édition ou auto-édition ?

Je vise plutôt l’auto-édition, ça me correspond plus. Au-delà de l’écriture, j’avais vraiment besoin de m’accomplir dans un projet qui me permette de tout gérer de A à Z.

Travailler sur le site de The Book Editions, m’a aussi beaucoup stimulé en ce sens. La découverte du processus d’impression à la demande et l’idée de pouvoir vendre son roman au format papier, sans risquer de subir les nombreuses modifications d’un éditeur, me semble vraiment une super opportunité ; même si je suis conscient que ça ne convient pas forcément à tout le monde.

Peut-être aussi que j’ai un peu peur d’affronter le monde de l’édition. On risque de me faire changer beaucoup de choses et très honnêtement, quand on voit ce que la plupart des auteurs édités gagnent, ça ne m’incite pas à me lancer dans l’aventure. Pas plus d’ailleurs que si on me proposait d’éditer deux cents exemplaires ; je préfère le faire moi-même.

Même si ça ne se vend pas du tout, avec l’autoédition, je suis sûr que mon roman de SF va sortir ; je n’ai pas envie d’attendre huit mois pour qu’on me dise que ça ne va pas, ou pire, pour ne rien me dire du tout.

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Posted by HAH

Passionné par l'Anticipation et la SF depuis la lecture de Fahrenheit 451, j'ai orienté mes études littéraires dans ce domaine avec la réalisation d'un mémoire sur les villes dystopiques. Ma bibliothèque se compose des grands classiques (Asimov, Philip K. Dick, H.G. Wells, Clarke...) et des nouveaux auteurs SF - Priest, Wilson, Howey... Ma nouvelle préférée : La Dernière Question, d'Isaac Asimov. Evidemment, je regarde un peu trop les films et séries d'Anticipation.

One Comment

  1. On pourrait organiser des groupes de paroles, genre Auteurs Anonymes ! Nous avons tous plus ou moins les mêmes doutes et interrogations, et oui, le web apporte beaucoup d’information utile si l’on fait la sélection qui s’impose. Je partage la préférence pour l’autoédition, surtout quand on aborde l’écriture avec cet esprit “artisanal” que nous avons en commun ; celui de l’autonomie à toutes les étapes. Avec une dimension essentielle pour moi, la possibilité de créer un lien direct avec ses lecteurs et distributeurs. Mais il ne faut pas sous-estimer le travail de promotion. Autre chose, j’ai découvert cette année l’intérêt de se faire accompagner ponctuellement par un “coach littéraire” qui m’a aidé à prendre du recul sur la structure du texte, à identifier mes tics d’écriture, à mieux utiliser la ponctuation… Reste à trouver la bonne personne ; j’ai eu de la chance. Je vous recommande aussi la lecture des “Lettres à un jeune auteur” de Colum McCann. Au plaisir de vous lire !

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